Tu es là, devant moi,
je savais que tu serais ainsi, à m'accuser sans mot,
à te mettre debout devant moi pour m'accuser sans mot,
et je te plains, et j'ai de la pitié pour toi, c'est un vieux mot mais j'ai de la pitié pour toi,
et de la peur aussi, et de l'inquiétude
et malgré toute cette colère, j'éspere qu'il ne t'arrive rien de mal,
et je me reproche déjà
(tu n'es pas encore parti )
le mal aujourd'hui que je te fais.
Tu es là,
tu m'accables, on ne peut plus dire ça tu m'accables,
tu nous accables,
je te vois, j'ai encore plus peur pour toi que lorsque j'étais enfant,
et je me dis que je ne peux rien reprocher à ta propre existence,
qu'elle est paisible et douce
et que je suis une mauvaise imbécile qui se reproche déjà d'avoir failli se lamenter,
alors que toi,
silencieux, oh tellement silencieux,
bon, plein de bonté,
tu attends, replié sur ton infini douleur interieur dont je ne saurais pas même imaginer le début du début.
Je ne suis rien,
je n'ai pas le droit,
et lorsque tu nous quitteras encore, que tu me laisseras,
je serais moins encore,
juste là à me reprocher les phrases que j'ai dites,
à chercher à les trouver avec exactitude,
moins encore, avec juste le ressentiment,
le ressentiment contre moi même.
( Texte choisi pour l'option théâtre)